Apprendre à dire non : 
du refus à 
l’affirmation du soi

Le « non » paraît être l’un des mots les plus simples du langage. Quelques lettres suffisent pour exprimer un refus, un désaccord ou une opposition. Pourtant, sur le plan psychique, dire « non » peut représenter bien davantage qu’un simple acte de langage. Il peut constituer un véritable acte de séparation : dire non à l’autre, c’est parfois accepter de ne pas répondre à toutes ses attentes, de ne pas lui être entièrement soumis et de reconnaître l’existence d’un désir qui nous est propre.

Pour certaines personnes, prononcer ce petit mot peut pourtant s’avérer particulièrement difficile. Ce qui apparaît de l’extérieur comme une incapacité à poser une limite peut renvoyer à une problématique plus profonde : celle de la possibilité de se constituer comme sujet dans le lien à l’autre.

Lorsque le refus est vécu comme susceptible de provoquer la perte de l’amour, le rejet ou l’abandon, la personne peut préférer renoncer à elle-même plutôt que risquer de perdre l’autre. Dire « oui » devient alors une manière de préserver le lien, parfois au prix de ses propres besoins.

Dire oui pour ne pas perdre l’autre

La personne peut ainsi se trouver prise dans une forme d’alternative psychique : se préserver ou préserver la relation.

Lorsque l’histoire infantile a été marquée par des expériences de rupture, d’abandon, d’instabilité ou de rejet, le maintien du lien peut devenir prioritaire sur la reconnaissance de ses propres besoins. Le « oui » ne traduit alors pas nécessairement un consentement véritable. Il peut constituer une réponse défensive destinée à éviter l’angoisse suscitée par la perspective d’une séparation.

Dans cette configuration, le « non » devient menaçant. Il introduit de la différence là où le sujet a parfois appris que l’amour dépendait de sa capacité à satisfaire l’autre. Dire non suppose alors de pouvoir supporter que l’autre soit déçu, contrarié ou en désaccord, sans que cette expérience soit immédiatement vécue comme une menace de rupture.

Dire non, c’est reconnaître la différence

Dire non implique une forme de différenciation psychique : je ne suis pas l’autre et l’autre n’est pas moi.

Cette différenciation est au cœur de la construction du sujet. Se différencier ne signifie pas rompre le lien, mais accepter que celui-ci puisse exister sans effacer les singularités de chacun. Le « non » introduit une limite entre soi et l’autre. Il permet de dire : « cela ne me convient pas », « je ne veux pas », « je ne suis pas d’accord », sans que cette affirmation soit nécessairement vécue comme une attaque.

Lorsque cette différenciation est fragile, la personne peut rester particulièrement dépendante du regard et de l’approbation de l’autre. Être aimé peut alors devenir synonyme d’être accepté ; et être accepté, de ne jamais déplaire. Le sujet risque progressivement de s’effacer derrière les attentes qu’il prête à l’autre.

C’est dans cet espace que peuvent se développer des phénomènes de dépendance affective, d’emprise ou de répétition de relations dans lesquelles les limites personnelles sont régulièrement mises à mal.

Quand le « oui » devient une répétition

La difficulté à dire non n’est pas toujours consciente. Elle peut s’inscrire dans des scénarios psychiques anciens qui se rejouent dans le présent.

Ce qui n’a pas pu être suffisamment élaboré peut ainsi revenir dans la relation à l’autre, sous des formes différentes, mais autour d’une même problématique : être aimé au prix de soi-même, maintenir le lien au prix de son propre effacement.

La répétition ne signifie donc pas nécessairement que le sujet choisit consciemment de se placer dans des situations qui lui sont préjudiciables. Elle peut témoigner de la persistance de modalités relationnelles anciennes, devenues familières au point d’être reproduites sans toujours être reconnues comme telles.

C’est parfois seulement après coup que la personne peut prendre conscience de ce qui s’est joué : pourquoi ai-je accepté ? Pourquoi n’ai-je pas dit non ? Pourquoi ai-je eu si peur de déplaire ? Pourquoi ai-je davantage cherché à préserver l’autre qu’à me protéger moi-même ? 

Le travail analytique : comprendre ce que le « non » réveille

Le travail analytique ne consiste pas à apprendre mécaniquement à dire non. Il s’agit plutôt de comprendre ce que le refus vient mobiliser dans la vie psychique.

Que se passe-t-il lorsque je m’oppose ? Quelle peur surgit ? Quelle représentation de l’autre se réveille ? Que signifie pour moi le fait de décevoir ? À quelle expérience ancienne cette crainte peut-elle être rattachée ?

Le « non » peut ainsi devenir un révélateur des liens qui se sont construits entre amour, dépendance, culpabilité et peur de l’abandon.

L’enjeu n’est pas simplement de parvenir à poser des limites. Il est de pouvoir progressivement reconnaître que ses propres besoins, ses désirs et ses refus ont une légitimité, même lorsqu’ils ne correspondent pas à ceux de l’autre.

Dire non pour pouvoir dire « je »

Apprendre à dire non serait alors moins apprendre à refuser qu’apprendre à ne plus disparaître dans le désir de l’autre.

Il ne s’agit pas de se couper de l’autre ni de transformer toute relation en rapport de force. Il s’agit de découvrir qu’une relation peut supporter la différence, que l’amour n’exige pas nécessairement la soumission et que poser une limite ne signifie pas nécessairement détruire le lien.

Le « non » devient alors un acte de subjectivation.

Il permet de reconnaître une frontière entre soi et l’autre, mais aussi de faire entendre quelque chose de son désir propre. Il peut devenir une manière de prendre sa place dans la relation plutôt que de s’y dissoudre.

Dire non devient ainsi une manière de dire « je ».

Et derrière ce petit mot, apparemment si simple, peut se jouer quelque chose d’essentiel : la possibilité de ne plus choisir entre soi et l’autre, mais de pouvoir être avec l’autre sans renoncer à soi.

La Rentrée comme Renouveau

La rentrée s’annonce et c’est toujours un moment chargé d’émotions ambivalentes. Nouveau départ. Projets à mener. Changements qui s’amorcent ou au contraire, reprise du chemin des écoliers avec face à soi l’impression d’un nouveau tunnel à franchir.Parfois les étés sont régénérants, porteurs de joie intense et de moments partagés avec simplicité en famille et avec nos amis. Parfois ils ont fait rejaillir des conflits, nous ont confronté à des moments d’isolement, à de l’angoisse.

La période estivale n’est jamais neutre. Elle est souvent chargée d’injonctions à passer de bonnes vacances, à faire le plein d’énergie et d’amour. Mais quand on ne peut pas ? Quand on n’est pas en capacité de profiter de ceux qui nous entourent et du moment présent, que devient cette période et quelles conséquences sur cette fameuse rentrée ?  Sentiment de découragement, épuisement avant même d’avoir repris, vide et anxiété. Ne pas pouvoir profiter du moment présent ni des siens, n’est pas une incapacité au bonheur. Non, personne n’est incapable de vivre des moments de joie. Les sentiments d’angoisse, de vide, d’insatisfaction sont révélateurs de traumatismes archaïques parfois inaccessibles à la mémoire consciente.

Ce n’est pas une fatalité. Si nous sommes tous la somme de non choix et déterminés par notre éducation, notre environnement, les personnes que nous croisons sur notre route, nous ne sommes pas que ça. Nous pouvons tous prétendre au bonheur. Nous sommes tous capables de profiter des beaux paysages, de moments en famille ou entre amis. Et nous pouvons tous parvenir à aborder la rentrée sereinement.

La psychanalyse permet cela : découvrir les déterminismes et les traumatismes ayant façonné notre identité et une fois, connus, intégrés, les affects émotionnels déchargés, pouvoir s’envisager sereinement.

Syndrome abandonnique

Angoisse de l'abandon, trouble de l'attachement

Le verbe « abandonner » décrit l’acte de quitter ou de cesser de s’occuper de quelqu’un. Sur le plan psychologique, le sentiment d’abandon se manifeste quand une personne ressent éloignement, séparation, rejet et se sent délaissée.  L’angoisse de l’abandon a de tout temps alimenté l’inconscient collectif. 

Les symptômes de l'abandon pourront se traduire sous forme de retrait social, de tristesse ou de dépression, de comportements anxieux, d’agressivité, d’actes d’automutilation, de mises en danger.

Si ce syndrome abandonnique prend souvent sa source dans la relation de la mère à l’enfant, d’autres événements peuvent intervenir et provoquer cette angoisse. Séparation des parents, absence du père ou de la mère, décès, dépression ou maladie empêchant la création d’un lien sécure, peuvent à leur tour créer cette faille qui marquera longtemps l’individu. La personne souffrant d’un syndrome abandonnique développera névroses et symptômes parasitant sa vie, ses relations amicales et amoureuses, son quotidien. En proie à des conflits psychiques inconscients et destructeurs, elle pourra voir sa confiance en elle et sa propre estime chuter à chaque reviviscence de son trauma.

Une cure psychanalytique via un accompagnement adapté permettra d'explorer l'origine des traumatismes abandonniques et d'expurger angoisses, trouble de l'attachement et symptômes parasitants, trouble du comportement alimentaire, anxiété, conduites à risque, isolement, tristesse.  

La naissance de la psychanalyse

Quand les champs pulsionnels détrônent la raison

Freud et l'invention de la psychanalyse représentent une rupture majeure dans l'histoire de la psychologie et de la compréhension de la psyché humaine.

Au début du XXe siècle, Sigmund Freud a développé des concepts révolutionnaires tels que l'inconscient, le complexe d'Œdipe et le transfert, qui ont profondément transformé les rapports de l'Homme tant vis à vis de lui-même qu'aux autres et au monde qui l'entoure. Sa méthode d'association libre et l'interprétation des rêves ont ouvert de nouvelles voies pour explorer les motifs cachés de la pensée humaine, inaugurant ainsi une nouvelle ère dans le traitement des désordres psychologiques.

La psychanalyse ne se limite pas à être une simple technique thérapeutique; elle est devenue un véritable cadre théorique qui a traversé les âges et offre un cadre sécurisant au sein duquel chaque personne peut retrouver son Moi Intime.

Le conscient comme capacité d’analyse, compréhension de soi et du monde a été renversé par Freud et sa découverte de l’inconscient. Les champs pulsionnels ont détrôné la raison. L’étude de l’inconscient permettra de déconstruire les schémas induits, admis pour élaborer de nouvelles pensées.  Seule l’introspection par l’inconscient permet de mieux comprendre ce que nous sommes.  

Explorer le psychisme à travers la parole du sujet permet de faire parvenir à la conscience des éléments liés au refoulement. Une idée qui se présente à l'esprit ne peut être arbitraire et doit donc avoir un antécédent à déterminer. Tous les phénomènes tels que les rêves, les lapsus, les actes manqués, peuvent donc faire l'objet d'une méthode d'interprétation qui révèle l'existence de tendances non-conscientes, refoulées dans l'inconscient de l'individu.

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